Un détective comme les autres

Un détective comme les autres
Le détective privé

Elle a mangé mon croissant

Pour cette petite anecdote, il s'agit d'un rendez-vous client. Et pas des moindres puisque c'était mon tout premier, ou plutôt ma toute première, que j'ai reçue après avoir obtenu mon agrément préfectoral en 2007. 

N'ayant pas encore de bureau, je donne rendez-vous à la jeune femme, dans un café qui fait l'angle, avec la rue des Archives et la rue de Bretagne à Paris. 

J'arrive avec une heure d’avance, car je voulais bosser sur un rapport. Je m'installe donc à une table et commande, café et croissant, puis me mets à travailler. 

Concentré sur mon rapport je buvais mon café, mais ne touchais pas encore à mon croissant voulant terminer quelques paragraphes, quand tout à coup une femme de 25 ans environ, se présente à moi. C'était ma cliente qui venait d'arriver avec plus de 30 minutes d'avance sur notre rendez-vous.  Du coup, je suis obligé de laisser tomber ce que je faisais et d'écouter la demoiselle.

Celle-ci m'avait appelé deux jours avant, un samedi. Au téléphone, elle m'avait dit être en danger de mort et qu'elle avait urgemment besoin de mes services: 

- « Madame, si vous êtes en danger de mort, c'est à la police qu'il faut vous adresser, lui dis- je. »

- Oui, mais non, ils ne pourront rien pour moi, j'ai besoin de vous voir tout de suite.

J'étais en province, à deux heures de Paris et quand quelqu'un commence comme ça, par vous dire qu'il est en danger de mort et que la police n'est pas compétente pour lui venir en aide, vous vous méfiez. J’ai réussi à la contenir et à obtenir un rendez-vous pour le lundi qui suivait.

C'est donc face à cette jeune personne que je commence par lui demander si elle est toujours en danger de mort? Elle me répond:

- « Je vous ai dit ça moi? »

- Oui au téléphone, samedi, quand vous m'avez appelé...

- Non je vais bien merci...

Du coup, je lui demande ce que je peux faire pour elle. La belle me répond qu'elle voudrait des renseignements sur une personne... Ok, mais qui est cette personne pour vous, je lui demande.

- Le copain de l'un de mes cousins, chez qui j'ai passé la soirée, me répond-elle.

Je suis obligé, d’un point de vue légal, de lui demander pourquoi elle veut des renseignements sur cette personne? Et là, c'est le flou le plus complet. La petite ne sait même pas vraiment quoi répondre. Je lui explique, que légalement on ne peut pas suivre les gens comme ça, sans certains éléments de parenté, de camaraderie, de couple, ou autre, bref je lui fais comprendre que si elle ne veut pas m'en dire plus je ne pourrai pas répondre à sa demande. Je rajoute aussi, que j'engage ma responsabilité et que si l'on retrouve le type dans le caniveau avec une balle dans la tête, c'est moi que les flics viendront voir.  Ce à quoi elle me répond qu'au contraire c'est du bien, beaucoup de bien qu'elle lui veut. Je rebondis là- dessus en pensant avoir trouvé le sens de sa démarche:

- Vous êtes tombée amoureuse de ce gars lors de la soirée chez votre cousin et vous voulez savoir s'il est marié ou s'il a une amie? Et au lieu de profiter de la perche que je lui tendais en me répondant par l'affirmative, elle me répond que non ce n'était pas ça...

Que voulez-vous que je lui réponde? Après avoir essayé de différentes manières de lui soutirer les raisons de sa démarche et n'ayant obtenu aucune réponse claire et légitime, je lui annonce un prix exorbitant par rapport à la prestation. Après un petit moment de silence, elle me répond que c'est cher, mais qu'elle est d'accord...

J'avoue que je ne m'y attendais pas et ne voulant absolument pas prendre son affaire, je lui annonce brutalement que je ne traiterai pas son dossier pour les raisons évoquées plus haut. La jeune femme est dépitée et me demande pourquoi, insiste et finit par me demander qui va lui prendre son affaire. Pour y mettre un point final, je lui réponds, « personne ». Elle finira par se lever et partir. Fin de l'histoire.

Mais pendant que j'essayais de lui extorquer des informations sur le but de sa demande, celle-ci, nonchalamment, s’est emparée de mon croissant posé près de ma tasse à café et l'a mangé devant moi, sans gêne, ni état d’âme, sans même me demander si je le voulais... Snif…


Parfois dans une affaire, ce n’est pas l’affaire par elle-même qui est la plus difficile à traiter. Mais de parlementer avec le client, afin de l’aider au mieux à résoudre son problème…

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